Ventre à louer

Publié le par Franck Cellier

La première fois que les journalistes du magazine américain Newsweek ont évoqué le sujet des mères porteuses, il était plutôt question de s'intéresser à ces pays déshérités, où l'on trafique des organes, où l'on vend des enfants à adopter et, dans le même ordre d'idée, où l'on sous-traite des grossesses. Mais rapidement, les reporters chargés de l'enquête, en sont venus à s'intéresser aux mères porteuses "Made in America" pour finalement sortir l'un des reportages les plus surprenants de l'année.

Ce n'est pas en Inde que les couples européens en recherche d'une mère porteuse se tournent mais bien vers les Etats-Unis. Le pays propose en effet une législation très souple en la matière et ce qu'il est impossible d'imaginer en France ou en Allemagne s'organise très professionnellement de l'autre côté de l'Atlantique.
Les journalistes de Newsweek sont allés de paradoxe en paradoxe. Dans un pays où les médecins qui pratiquent des avortements risquent leur peau, des agences ont pignon sur rue pour recruter les candidats à la grossesse par procuration. Si douze Etats, dont New-York, le New-Jersey et le Michigan, refusent de reconnaître les contrats de mères porteuses, quatre Etats (le Texas, l'Illinois, l'Utah et la Floride) ont légalisé la pratique et douze autres, dont la Pennsylvanie, le Massachusetts et la Californie lui ont fixé un cadre réglementaire.

Jésus, c'est qui ta maman ?

Là où le lobby chrétien dénonce une atteinte au miracle de la vie - au fait, la maman de Jésus n'était-elle pas une mère porteuse à sa façon? - , les associations féminines les plus radicales traitent les mères porteuses de prostituées parce qu'elle font commerce de leur corps.
Dans ce climat passionnel, quelles sont les motivations des mères porteuses? Il y en a deux principales: l'argent bien sûr car une grossesse se négocie entre 17 000 et 25 000 dollars mais aussi le sens du service et du devoir d'aider son prochain. Ne riez pas, il n'y a aucune ironie dans la formule. De nombreuses femmes portant l'enfant d'une autre ont en effet déclaré qu'elle voulait faire quelques chose de bien de leur vie: un acte porteur de sens et empreint de générosité.
Accordons leur le crédit qu'on ne fait pas carrière dans la grossesse et que si les 20 000 dollars du contrat apportent un bol d'oxygène au budget familial, il est relativement facile de trouver des manières plus conventionnelles pour gagner une telle somme en 9 mois.
Mais quel est le profil de ces mères porteuses portée par le désir de servir? La réponse va de soi, même si elle est surprenante: il s'agit des femmes de militaires partis guerroyer en Irak pardi.

Le gay et la femme du sergent


Nouveau paradoxe donc, c'est au coeur de cette frange la plus conservatrice du pays que des couples gay hommes ont pu trouver le moyen d'assouvir leur désir de famille. Incroyable non? L'usage est devenu à ce point accepté dans l'US Army que des publications militaires spécialisées passent régulièrement les publicités des agences de mères porteuses. "Surrogate mothers wanted! Up to 20 000 dollars compensation!" (On recherche des mères porteuses! Plus de 20 000 dollars de compensation) peut-on lire dans le Military Time.
En plus du "sens du devoir" les femmes de militaires présentent aussi le substentiel avantage d'être assurée à taux plein chez Humana, TriWest ou Health Net Federal Services. Des avocats de ses compagnies ont déjà plaidé pour dénoncer le détournement des avantages propres à l'armée par les agences de mères porteuses mais ils n'ont pour l'instant pas encore réussi à faire payer les frais médicaux par les "acheteurs" de grossesse.

Serial killer ou commando?


Newsweek évalue à, au moins, un millier de "ventres loués" chaque année par les Américaines. A la lecture du reportage, on a du mal à ne pas voir avant tout l'aspect commercial de l'opération. Les agences qui mettent en exergue le caractère généreux de leurs prestataires rivalisent en effet de légèreté dans l'approche psychologique de leurs contrats.
Les questionnaires pour sélectionner les candidats relèvent de l'ineptie avec des questions du genre: "pensez-vous parfois à tuer des gens?" ou "Aimeriez-vous être un commando"? Mais ni les mères porteuses, ni les couples qui font appel à elles ne sont préparés aux difficultés psychologiques d'une telle transaction. Notamment au moment où l'enfant est "confisqué" à une maman pour passer dans les bras d'une autre. Et parfois, cette autre a juste fait appel à une "porteuse" pour ne pas avoir de traces disgracieuses sur son ventre.

Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

chamand Pascale 28/04/2008 16:33

Une anecdote sur l'infime Rivière St louis. A la gendarmerie, les policiers avaient appréhendé l'auteur de cambriolages à la voiture bélier, le gars multirécidiviste menoté s'est échappé en pleine journée. Ils le recherchent encore.

Chamand Pascale 28/04/2008 16:29

Que ne fait -on pas au states ? bon à propos de ventre tu nous laisses sur notre faim depuis qqs jours, mais on comprend why. a bientôt de te lire et mater tes photos sans censure.

les agathois 25/04/2008 13:46

Intéressant, surprenant et un certain humour (noir) quand on regarde les acteurs