Lundi 24 mars 2008
Indiana_Bat_FWS.jpgOn dirait le titre d'un film hollywoodien. Il ne s'agit que du dernier obstacle rencontré par le méga pipeline de gaz naturel qui doit relier le Colorado à l'Ohio, le Rocky Express Pipeline (Rex).

L'investissement flirte avec les 5 milliards de dollars sur 2 500 kilomètres. Ne reste plus que la partie Est (Rex-East) à construire d'ici deux ans, mais la traversée de l'Indiana pourrait  se compliquer à cause d'un animal à peine plus gros qu'un pouce: la chauve-souris de l'Indiana (Indiana Bat).
Le tracé du Pipeline traverse l'habitat d'été de la bestiole. Et il est strictement interdit de déranger Indiana Bat étant donnée qu'il est inscrit depuis 1967 sur la liste des animaux en voie de disparition. Les scientifiques se penchent actuellement sur l'impact que pourra avoir Rex à travers une douzaine d'études. Et ils ne semblaient pas vouloir remettre en cause le tracé actuellement choisi. Il aura fallu que le propriétaire de l'une des forêts traversée, Dave McCaroll, soulève le problème devant une cour de justice pour qu'apparaisse la menace d'un report des travaux qui devaient débuter en juin.

A priori Indiana Bat ne devrait pas faire mordre la poussière à Rex si l'on s'en réfère à l'avis des biologistes du ministère de l'environnement américain qui estiment que le pipeline n'est pas plus menaçant pour les chauve-souris endémiques que les autoroutes... Certes. Mais il est toujours attendrissant de se pencher sur les dix petits mammifères recensés dans la propriété de Dave McCaroll. Les biologistes, payés aux frais du plaignant, ont quand même repéré six femelles allaitantes. Combien de temps encore les Etats-Unis vont-ils continuer à maltraiter les jeunes mamans et leurs nourrissons?




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Mercredi 6 février 2008

L'Indiana, loin de tout océan, est pourtant l'un des états d'Amérique qui polluent le plus le golfe du Mexique. Le fumier et autre engrais utilisés par les exploitations agricoles finissent par rejoindre le Mississipi puis l'océan. En été plus particulièrement, les phosphates et nitrates que les Etats-Unis déversent dans la mer favorisent le développement d'algues qui empêchent ensuite l'oxygénation de l'eau, ce qui fait fuir poissons et crustacées des côtes du Texas et de la Lousiane.

Une récente étude de l'US gelological survey classe l'Indiana en troisième position au palmarès des états qui déversent le plus de nitrates derrière l'Illinois et l'Iowa et en sixième position en ce qui concerne les phosphates.

L'an dernier, les fermiers de l'Indiana ont augmenté de 18% la surface plantée en maïs pour arriver à 2,630 millions d'hectares. Les zones humides, les "wetlands", censées retenir les écoulements de fertilisants se réduisent à peau de chagrin. Ron Turco, professeur d'agronomie à l'université de Purdue, se montre pessimiste quant à la réduction des déversements malgré les déclarations d'intention du monde agricole. "Plus de maïs veut dire plus de fertilisants, dit-il. Les premiers constats remontent à 1985 et le problème est toujours là".

Les neuf états montrés du doigt par l'étude (l'Illinois, l'Iowa, l'Indiana, le Missouri, l'Arkansas; le Kentucky, le Tenessee, l'Ohio et le Mississipi) ne représentent qu'un tiers des terres du bassin versant du Mississipi mais ils produisent plus des trois quarts des polluants déversés dans le golfe du Mexique.

Les scientifique proposent au gouvernement de fixer un objectif de réduction de 45% des rejets de phosphates et de nitrates afin de diviser en deux la "zone morte" du golfe. L'effort impliquera des changements radicaux dans l'utilisation d'engrais. Le département d'agriculture de l'Indiana veut y croire et se déclare prêt à aider financièrement les agriculteurs qui s'engageront à réduire leurs rejets polluants. Depuis 1973, les phosphates ont disparu des détergeants domestiques. Aussi seulement 10% des déversements retrouvés dans le golfe du Mexique proviennent des villes, contre 70% des activités agricoles.state_share_tntp_total_rev.gif
Répartition par état des déversements de nitrates et de phosphores dans le golfe du Mexique. (source: US Geological survey)


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Mercredi 9 janvier 2008
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Dans le Nouvel Obs d'il y a quelques semaines, une ministre ou sous-secrétaire d'Etat fançaise à l'environnement — loin de moi l'idée de dévaloriser la personne ou la fonction en cette ère de «présidence Luna Park» mais j'ai tout bêtement oublié de qui il s'agissait — commentait le dernier accord international pour la planète en glissant que les Américains avaient désormais accepté l'idée qu'il faudrait changer leur style de vie. Al Gore a fait du bon boulot donc. Vu de chez nous, où l'on s'enthousiasme pour le vélo de ville et le tram-train, on ne peut évidemment que comprendre et croire en la rédemption américaine. C'est vrai, à leur place on n'aurait pas pu rester éternellement dans la catégorie des «gros et cyniques pollueurs».


Eh bien moi, qui ne connais pas encore l'Amérique, je n'y crois pas et je comprends pourquoi il est inconcevable qu'un représentant américain signe comme ça, sans broncher, les accords de Kyoto. Je m'en suis convaincu pendant les quinze heures qui ont suivi ma descente d'avion à New-York. C'était la veille de Noël et je devais me rendre à Indianapolis, à plus de 700 miles (1 200 km). Pas d'avion. Pas de bus facile à trouver. Pas de train (je ne sais pas encore si ça existe).

Ne restait que la voiture, moyen de transport le plus simple à trouver. Aucun peuple au monde n'a, à ce point, dressé la bagnole au pinacle de ses idéaux. Et pourtant il y a de la concurrence. On peut conduire à 16 ans. On peut conduire sans savoir changer les vitesses grâce aux boites automatiques généralisées. On peut s'acheter une voiture pour quelques centaines de dollars. On peut remplir le réservoir de son 4x4 boulimique sans trop souffrir vu que le litre de sans -plomb coûte moins de 60 centimes d'euros (3 dollars pour un gallon de 3,78l).


Démocratiquement, pendant des siècles, les citoyens des Etats-Unis se sont choisi ce style de vie: la liberté de bouger, les grands espaces à dévorer, la route en XXL (comme les cheeseburgers)... L'économie et l'organisation sociale du pays se sont construites en fonction de cette incompressible volonté de liberté sur essieux surmontés de gigatrucks, de limousines, de Hummer ou de coupés sport. Bien sûr qu'ils défendront cette liberté, c'est la démocratie à l'Américaine, la loi des plus nombreux. Le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres comme disait Churchill.

Dans ma petite voiture de location, doublé, entouré, chaudement serré par les géants de l'autoroute, j'imaginais la réaction de ces sympathiques routiers — sont-ils encore syndiqués comme du temps de la mafia? J'imaginais comment notre ministre ou sous-secrétaire d'Etat bomberait le torse devant eux pour leur intimer l'ordre de charger toute leur cargaison sur un train nature-friendly. C'est pas gagné.

Franck CELLIER

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