Jeudi 24 avril 2008
La première fois que les journalistes du magazine américain Newsweek ont évoqué le sujet des mères porteuses, il était plutôt question de s'intéresser à ces pays déshérités, où l'on trafique des organes, où l'on vend des enfants à adopter et, dans le même ordre d'idée, où l'on sous-traite des grossesses. Mais rapidement, les reporters chargés de l'enquête, en sont venus à s'intéresser aux mères porteuses "Made in America" pour finalement sortir l'un des reportages les plus surprenants de l'année.

Ce n'est pas en Inde que les couples européens en recherche d'une mère porteuse se tournent mais bien vers les Etats-Unis. Le pays propose en effet une législation très souple en la matière et ce qu'il est impossible d'imaginer en France ou en Allemagne s'organise très professionnellement de l'autre côté de l'Atlantique.
Les journalistes de Newsweek sont allés de paradoxe en paradoxe. Dans un pays où les médecins qui pratiquent des avortements risquent leur peau, des agences ont pignon sur rue pour recruter les candidats à la grossesse par procuration. Si douze Etats, dont New-York, le New-Jersey et le Michigan, refusent de reconnaître les contrats de mères porteuses, quatre Etats (le Texas, l'Illinois, l'Utah et la Floride) ont légalisé la pratique et douze autres, dont la Pennsylvanie, le Massachusetts et la Californie lui ont fixé un cadre réglementaire.

Jésus, c'est qui ta maman ?

Là où le lobby chrétien dénonce une atteinte au miracle de la vie - au fait, la maman de Jésus n'était-elle pas une mère porteuse à sa façon? - , les associations féminines les plus radicales traitent les mères porteuses de prostituées parce qu'elle font commerce de leur corps.
Dans ce climat passionnel, quelles sont les motivations des mères porteuses? Il y en a deux principales: l'argent bien sûr car une grossesse se négocie entre 17 000 et 25 000 dollars mais aussi le sens du service et du devoir d'aider son prochain. Ne riez pas, il n'y a aucune ironie dans la formule. De nombreuses femmes portant l'enfant d'une autre ont en effet déclaré qu'elle voulait faire quelques chose de bien de leur vie: un acte porteur de sens et empreint de générosité.
Accordons leur le crédit qu'on ne fait pas carrière dans la grossesse et que si les 20 000 dollars du contrat apportent un bol d'oxygène au budget familial, il est relativement facile de trouver des manières plus conventionnelles pour gagner une telle somme en 9 mois.
Mais quel est le profil de ces mères porteuses portée par le désir de servir? La réponse va de soi, même si elle est surprenante: il s'agit des femmes de militaires partis guerroyer en Irak pardi.

Le gay et la femme du sergent


Nouveau paradoxe donc, c'est au coeur de cette frange la plus conservatrice du pays que des couples gay hommes ont pu trouver le moyen d'assouvir leur désir de famille. Incroyable non? L'usage est devenu à ce point accepté dans l'US Army que des publications militaires spécialisées passent régulièrement les publicités des agences de mères porteuses. "Surrogate mothers wanted! Up to 20 000 dollars compensation!" (On recherche des mères porteuses! Plus de 20 000 dollars de compensation) peut-on lire dans le Military Time.
En plus du "sens du devoir" les femmes de militaires présentent aussi le substentiel avantage d'être assurée à taux plein chez Humana, TriWest ou Health Net Federal Services. Des avocats de ses compagnies ont déjà plaidé pour dénoncer le détournement des avantages propres à l'armée par les agences de mères porteuses mais ils n'ont pour l'instant pas encore réussi à faire payer les frais médicaux par les "acheteurs" de grossesse.

Serial killer ou commando?


Newsweek évalue à, au moins, un millier de "ventres loués" chaque année par les Américaines. A la lecture du reportage, on a du mal à ne pas voir avant tout l'aspect commercial de l'opération. Les agences qui mettent en exergue le caractère généreux de leurs prestataires rivalisent en effet de légèreté dans l'approche psychologique de leurs contrats.
Les questionnaires pour sélectionner les candidats relèvent de l'ineptie avec des questions du genre: "pensez-vous parfois à tuer des gens?" ou "Aimeriez-vous être un commando"? Mais ni les mères porteuses, ni les couples qui font appel à elles ne sont préparés aux difficultés psychologiques d'une telle transaction. Notamment au moment où l'enfant est "confisqué" à une maman pour passer dans les bras d'une autre. Et parfois, cette autre a juste fait appel à une "porteuse" pour ne pas avoir de traces disgracieuses sur son ventre.

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Jeudi 24 avril 2008

Pour la première fois depuis la grippe espagnole de 1918, l'espérance de vie marque un déclin pour un nombre significatif d'Américains. Et plus particulièrement d'Américaines. Cette régression concerne 4% de la population masculine et 12% de la population féminine. Telle est la conclusion d'une étude menée par des universitaires d'Harvard, de San-Francisco et de Washington et disponible sur internet (medicine.plosjournal.org).
Ce phénomène, mettant fin à une progression quasiment constante de l'espérance de vie depuis la moitié du 19ème siècle, affecte principalement les campagnes reculées et les zones où se sont accumulées les familles à bas revenus. Là-bas, l'espérance de vie en 2000 est inférieure à ce qu'elle était en 1980 et est parfois tombée au niveau des statistiques de 1960.
La diminution de l'espérance de vie a été constatée dans deux conté de l'Indiana, à Scott et à Floyd où une femme pouvait en moyenne espérer vivre 78,3 ans en 1983 et seulement 76,3 ans en 1999. Cette recrudescence relative de la mortalité peut être attribuée, selon les services de santé publique du coin, à l'épidémie d'obésité et se traduit par davantage de diabète, de problèmes rénaux et de maladies pulmonaires. La seconde raison tient dans l'affaiblissement du système de santé. En effet, non seulement le conté de Scott abrite une forte proportion de familles modestes incapables de se payer une bonne assurance mais, en plus, on n'y trouve aucune clinique gratuite ou à bas prix.

Illustration: le film Sicko de Michael Moore a appris au monde entier que l'hyperpuissance américaine négligeait son système de santé.

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Mardi 22 avril 2008

Rencontre, doublée en français, avec Bob qui habite depuis vingt ans dans un mobile home à côté du fameux circuit des 500 miles d'Indianapolis.


Vidéo




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Samedi 12 avril 2008
Les dérangés mentaux seront sans doute contents d'apprendre que l'Indiana fait partie des 18 Etats américains qui ont, semble-t-il, oublié de transmettre au FBI la liste des personnes jugées psychologiquement dangereuses pour que ces tueurs potentiels ne puissent pas s'acheter d'armes à feu. Si ce n'est pas un oubli, cela veut dire que l'Indiana ne compte aucun taré ou dépressif. Ce dont on peut légitimement douter puisqu'au cours des six derniers mois une dizaine d'enfants ont été abattus par des dangers publics...
Il faut savoir que si la législation avait été respectée par le passé et que si toutes les personnes estimées psychologiquement dangereuses pour elles-mêmes ou pour autrui avaient été inscrites sur la fameuse liste du NICS, National Instant Criminal Background Check System, le drame de Virginia Tech, le 16 avril 2007, aurait été évité. En effet, l'étudiant tueur, Seung-Hui Cho, était sous traitement depuis deux ans. Comme il n'apparaissait pas sur la liste du FBI il avait pu sans problème s'acheter deux revolvers chez un armurier puis flinguer 24 personnes avant de se suicider.
En 2005, les représentants de l'Indiana avaient pourtant renforcé la législation après qu'un certain Kenneth Anderson avait tué sa mère et un policier alors qu'il avait été hospitalisé la veille pour démence agressive. A sa sortie de l'hôpital il avait récupéré le plus simplement du monde les armes avec lesquelles il terrifiait tout son quartier.
Il y a bien des lois pour interdire la propriété d'une arme aux personnes dangereuses du fait de leur état psychique  et aux criminels. Encore faut-il que les responsables censés les ficher fassent leur travail. Peut-être que le gouvernement de l'Indiana pense comme Don David, le patron de Don's guns and Galleries d'Indianapolis, qui commente dans le journal: «la liste du FBI, c'est de l'argent jeté par les fenêtres. Car n'importe qui peut s'acheter un gun dans une braderie ou auprès de son voisin. Ces règlements n'emmerdent que les marchands d'armes officiels comme moi».

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Lundi 24 mars 2008
louisville-005.JPGOu comment les banalités de la vie américaine réservent parfois de bonnes surprises.

Parlons juste des détails. Ces petits riens qui font que la journée va foirer ou qu'elle va tutoyer la perfection. Les USA et ceux qui les peuplent sont si imprévisibles que la seule chose dont on soit sûr c'est que, justement, tout peu arriver. Manger, rien que manger, est une aventure. N'écrivent-ils pas sur les photos de leurs hamburgers l'énigmatique précision: "vrais ingrédients"? Bon sang, mais que faut-il comprendre lorsque que ce n'est pas écrit "vrais ingrédients"? Si les Américains se disent si attachés à leur sécurité, c'est justement parce que l'insécurité est partout. Elle est financière, alimentaire, internationale, immobilière, et on peut rajouter autant de qualitatifs qu'on veut, la liste ne sera jamais close.
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Mais revenons aux détails de ce petit voyage de deux jours d'Indianapolis à Louisville, la capitale du chevalin Etat voisin, le Kentucky. Après deux heures sur l'Interstate 65, il fallait bien à la fois remplir le réservoir de la voiture et le ventre des ses occupants. La ville s'appelle Scottsburg. En fait de ville, ce n'est comme presque toujours qu'une vague zone commerciale remplie de pompes automatiques à essence et de quelques repaires de restauration rapide. Sur l'échelle des risques, on grimpe avec appréhension dans la zone critique, prêt à recevoir une tuile sur la figure.
La pompe accepte sans rechigner ma carte Visa de la Réunion. C'est le genre de premier signe indien qui permet d'envisager la suite des événements avec optimisme.  Combien de fois ai-je dû aller, penaud et laborieusement, traiter la transaction en liquide et en patois, avec un pompiste peu enclin à prendre des leçons de français? En plus, le gallon d'essence est passé sous la barre de 3,20 dollars en cette rase campagne. Une promo comme je n'en avais pas vu depuis plusieurs semaines.
J'ai déjà oublié le nom un peu pompeux du resto routier. Je me souviens par contre qu'il était rempli de clients joyeux. Si ce n'est pas totalement une garantie de qualité, c'est déjà un premier indice. Pensez par exemple aux ridicules faux petits châteaux de la chaîne White Castle. Ils sont toujours vides. N'y allez surtout pas. Les seuls clients de ces immondes marchands de "faux ingrédients" sont les curieux bien vite punis d'ailleurs de leur mauvaise habitude. C'en est à se demander si les bourreaux de l'époque des chevaliers réservaient des châtiments plus cruels à leurs proies que les choses qui sont servies dans ces misérables lieux.
En tout cas, mon restaurant au nom oublié de Scottsburg servait le client comme on sert un roi. A volonté jusqu'à plus faim. Sans finesse mais cent pour cent "vrai". De la nourriture de paysan.
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Après l'essence et le repas, ne manquait que le troisième détail qui devait satisfaire le voyageur: son lit. La crise qui rend le pays si morose a au moins l'avantage d'obliger les hôteliers à pratiquer des promotions à peine croyables pour remplir leurs chambres. Le Brownsboro Inn a donc cassé ses prix en deux, sans doute parce qu'il n'arrive plus à tenir son standing. L'accueil étincelle encore mais l'arrière-boutique se défraîchit au rythme des désaffections. Profitez en vite avant que la boutique ne parte en fumée suite à un court-circuit dans l'installation électrique. Dans pas longtemps le "Inn" redeviendra un banal motel tout juste utilitaire. Mais grâce à quelques bouts de ficelles, on peut encore se faire bouillonner la musculature dans le spa-jacuzzi, on peut encore mater une soixantaine de chaînes du câble et visiter ainsi l'Amérique télévisuelle d'aujourd'hui entre un match de boxe et une pub pour un déambulateur, sans saisir complètement le lien entre les deux.
Voilà résumé en trois détails, la parfaite Amérique de ce week-end qui devait ouvrir le printemps. L'Ohio inondait les quais de Louisville. Une neige pourrie tombait par intermittence sur un centre-ville presque désert. Mais il y avait de l'essence facile, de la "vraie" bouffe à volonté, des bulles lumineuses dans le spa. Et pour pas cher.
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